Comment nait un Univers-Fantôme ?

Publié le par DreamMaker

An-Occurence-at-Owl-Creek--1964--5.JPGLes Univers-Fantômes forment une partie importante du monde des Deadstalkers, et il important de savoir comment ils apparaissent.

 

Attention Spoiler !

 

La nouvelle d'Ambrose Bierce «Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek» raconte la pendaison, pendant la guerre de Sécession, d'un planteur de l'Alabama, convaincu d'activités de sabotage contre l'armée nordiste. La scène se passe sur un pont de chemin de fer au-dessus d'une rivière tumultueuse. A un moment donné, l'ordre fatal retentit. Le condamné tombe comme une pierre depuis le tablier du pont.

 

 

 

Mais la corrde casse et il se retrouve au fond de la rivière. Dans un effort désespéré, il réussit à dégager ses mains entravées, à enlever le noeud coulant autour de son cou et à remonter à la surface. L'acuité de ses perceptions est décuplée :

 

«ll regarda la forêt sur l'une des berges, et distingua chaque arbre, chaque feuille avec toutes les nervures et jusqu'au insectes qui s'y trouvaient : les sauterelles, les mouches au corps luisant, les araignées grises en train de tendre leur toile entre les brindilles. Il observa les couleurs du prisme dans toutes les gouttes de rosée sur un million de brins d'herbe. Le bourdonnement des moucherons dansant au-dessus des remous, le battement d'ailes des libellules, les coups de patte des araignées d'eau, tout ce la était pour lui une musique audible.»

 

Mais il lui faut bien vite replonger car les soldats le mitraillent depuis le pont et les berges. Il nage longtemps sous l'eau et, finalement, le courant le jette contre la rive, hors de portée des fusils. Remonté sur la terre ferme, il s'enfonce dans les bois, mû par l'

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espoir de rejoindre sa maison distante d'une trentaine de miles. A la tombée de la nuit, il trouve une route forestière qui paraît aller dans la bonne direction. Epuisé, le cou noirci et enflé, la langue pendante de soif, il marche toute la nuit comme un somnanbule et il ne sent plus le sol sous ses pieds. Mais il ne reconnaît pas cette route et ce paysage qui devraient pourtant lui être familiers :

 

«Elle était aussi large et droite qu'une rue, et pourtant il semblait que personne n'y fît jamais passé. Aucun champ ne la bordait; on ne voyait aucune demeure nulle part. Rien, pas même l'aboiement d'un chien, ne suggérait une habitation humaine. Les corps noirs des rands arbres formaient deux murailles rectilignes qui se rejoignaient à l'horizon en un seul point, tel un diagramme dans une leçon de perspective. Au-dessus de lui, comme il levait les yeux à travers cette brèche dans la forêt, il vit briller de grandes étoiles d'or qu'il ne connaissait pas, groupées en étranges constellations. Il la certitude qu'elles étaient disposées selon un ordre l ourd d'un sens caché et néfaste. Dans le bois résonnaient des bruits singuliers, parmi lesquels, une fois, deux fois, puis trois fois encore, il perçut distinctement des murmures dans une langue inconnue.»

 

Enfin, par une matinée radieuse, il arrive à la grille de sa propriété. Sa femme, en robe de mousseline blanche, apparaît sur le perron et s'avance vers lui à travers le parc :

 

«Il s'élance dans sa direction, les bras tendus. A l'instant même où il va l'étreindre, il sent sur sa nuque un coup qui l'étourdit; une blanche lumière aveuglante flamboie autour de lui avec un bruit semblable au tonnerre du canon, puis tout est ténèbres et silence !»

 

Toute cette histoire s'est déroulée dans la pensée du condamné, pendant les quelques dizièmes de secondes séparant le déclenchement de sa chute et la rupture de ses vertèbres cervicales sous la tension de la corde. En lieu et place d'une vision panoramique du passé, son imagination lui a procuré la réalisation fantasmagorique de son voeu le plus cher : échapp er au supplice et retrouver son bonheur familial...


BIBLIOGRAPHIE

  • A. BIERCE, «Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek» in R. Caillois (éd.), Puissances du rêve,
  • Le Club français du Livre, 1962, pp.155-165. La nouvelle d'A. Bierce a été portée à l'écran par R.
  • Enrico : «La rivière du hibou.»
  • J. L. BORGES, «Le miracle secret», trad. P. Verdevoye in R. Caillois (éd.), Fictions, Paris,
  • Gallimard, 1951, pp189-200.
  • L. TOLSTOÎ, Guerre et Paix, trad. E. Guertik, Le Livre de Poche, 1965.

 

 

 

 

 

Publié dans inspi bouquins

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